Politique — 08 mars 2011

Par Flore Vienot -

Là bas au Cameroun je travaillais dans un salon de coiffure. C’était le moment des élections et une amie m’a demandé de distribuer des tracts pour le parti de l’opposition. J’étais apolitique mais j’ai accepté par ce c’étais seulement des tracts.

Alors, ils sont venus me cherché, ils m’ont emmené au commissariat, dans un camion. Il y avait tellement de bruits, tellement de mouvements… Il sont allés arracher les gens, pour les emmener. Il y avait des émeutes. Et comme ça, je me suis enfuie et je suis partie sur la route, chez une amie dans la région du nord. Elle m’a accueillie chez elle, et elle m’a dit que je pouvais pas retourner chez moi. Tu peux pas revenir chercher ton enfant et ta famille, il faut que tu partes, tu reviendras les chercher plus tard. La police me cherchait.

J’ai eu tellement peur, j’avais des bleus partout. Mon amie, elle m’a donné des instructions, et de l’argent, pour que je puisse voyager. Elle pouvait pas me garder chez elle, c’était trop dangereux. J’ai fait des étapes, des gens m’ont aidé. Je n’avais rien avec moi. Je me suis arrêté un moment au nord , une femme m’a recueillie, j’ai travaillé avec elle dans son salon de coiffure. J’ai économisé de l’argent pendant 6 mois, puis je suis arrivée au Bénin. Je suis enfin arrivée au Mali, en mars 2009.

Mes enfants sont avec ma mère, je ne les ai pas vu depuis 2009. Maintenant, rentrer au pays est beaucoup trop dangereux. Pourtant, je n’ai distribué que des tracts ! Moi je me suis jamais intéressée à la politique !

Aujourd’hui, j’ai des informations que ça commence à bouger la bas, j’espère que ma famille n’a pas de problème.

C’est terrible… Je n’ai pas les moyens de faire venir ma famille, je suis seule. Je n’ai pas de papiers maliens, et je viens à peine de recevoir mon passeport tchadien. J’avais fait la demande à l’ambassade de la Belgique au Mali il y a 2 ans, et je viens de le recevoir ! Dans ma maison tout a été brûlé, mais ils ont retrouvé mon passeport. Pendant tout mon trajet je n’avais donc pas de papier, j’avais peur.

Quand je suis arrivée au Mali, je suis arrivée dans ma famille d’accueil et ils m’ont parlé de l’association des réfugiés de l’Afrique centrale, dont je suis membre aujourd’hui.

Et ya pas de moyen pour que mes enfants me rejoignent…. Ya pas de moyen. Je peux pas les prendre en charge. Et y’en a tellement dans ce cas… Et j’ai très peur, parce qu’en juin c’est les élections et à chaque élections, c’est des tueries…

Mon plus grand espoir, c’est que la charte des migrants ait un impact, et que ça s’arrange, que je retrouve mes enfants. Le plus terrible, c’est de ne pas avoir mes enfants. Y a pas de moyen… On est seules au monde. Ils pourraient venir, mais ya pas de moyen.

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